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Le fonds en euro est-il risqué ?

L’enjeu

Dans sa toute dernière publication consacrée à l’épargne et au patrimoine financier des Français, mise en ligne le 17 août 2026, la Banque de France évalue le patrimoine financier des ménages aux environs de 6 550 milliards d’euros. Pour l’assurance-vie seule, « France Assureurs » fait état d’un encours d’environ 2 100 milliards d’euros fin 2025, soit environ un tiers de l’épargne financière des ménages.

À l’intérieur de cette enveloppe, la répartition entre fonds en euros et unités de compte est respectivement de 68 % et 32 % selon cette même source. Il en résulte un encours de près de 1 430 milliards d’euros positionné sur les fonds en euros, soit plus de 20 % du patrimoine financier des ménages.

Pourquoi un tel engouement ?

Le rendement ne peut constituer à lui seul une explication : le taux de rendement net de frais de gestion en 2025 s’est élevé à 2,63 % (source : ACPR, Analyse et synthèse n° 180). Il en résulte un rendement net de prélèvements sociaux de 2,18 %. Pour mémoire, l’inflation de la même année s’est élevée à 0,9 % en moyenne (source : INSEE).

Le fonds en euros présente toutefois deux caractéristiques essentielles :

  • Une sécurité du capital : contrairement aux unités de compte, sa valeur ne fluctue pas avec les marchés financiers ;
  • Un effet cliquet : les intérêts versés chaque année sont définitivement acquis.

Il en résulte une sécurité recherchée par nombre d’épargnants. Cette sécurité se matérialise également dans le « Document d’information spécifique », obligatoirement remis au client au moment de l’investissement, qui fait état d’un risque de 1 sur une échelle allant de 1 à 7.

Mais qu’est-ce qu’un fonds en euros ?

C’est un portefeuille d’investissement géré par une compagnie d’assurance. Concrètement, lorsqu’un épargnant effectue un versement dans son contrat d’assurance-vie en totalité sur le fonds en euros, cette somme rejoint les cotisations versées par les autres épargnants qui ont choisi ce même support. L’assureur investit ces fonds dans différents types d’actifs, avec pour objectif de rechercher du rendement tout en conservant une gestion prudente, en rapport avec la garantie accordée par la compagnie à l’épargnant.

Illustrons ce propos avec la composition de l’actif général de l’une des plus grandes compagnies évoluant en France, telle qu’elle ressort du reporting publié au 31 décembre 2025. À cette date, le portefeuille représentait plus de 22 milliards d’euros d’encours. Il était principalement composé de :

  • 69,5 % d’obligations ;
  • 11,7 % d’immobilier ;
  • 14,1 % d’actifs de diversification, notamment dettes privées et private equity (investissement dans des entreprises non cotées) ;
  • 3,7 % d’actions et participations ;
  • 1,0 % de trésorerie.

Les obligations constituent donc le cœur du portefeuille. Il s’agit notamment de prêts consentis à des États ou à des entreprises en contrepartie du versement d’un intérêt. Si l’on entre dans le détail du portefeuille présenté ci-dessus, 46 % des obligations sont des emprunts souverains (emprunts d’État) et 56 % sont des obligations émises par des entreprises du secteur privé.

En affinant encore la poche des obligations souveraines, l’on constate que :

  • 42,2 % sont des obligations émises par l’État français ;
  • 20,9 % sont des obligations émises par l’État espagnol ;
  • 4,6 % sont des obligations émises par l’État italien ;
  • le solde est réparti entre d’autres émetteurs souverains.

Le rendement distribué chaque année provient donc essentiellement des intérêts versés par les obligations. La différence avec les unités de compte tient au fait que l’épargnant ne supporte pas directement les fluctuations de ces actifs : c’est l’assureur qui gère le portefeuille et qui assume le risque financier.

Pourquoi la question du risque mérite-t-elle d’être posée ?

Comme nous l’avons vu à travers l’allocation présentée ci-avant, le fonds en euros est fortement exposé aux dettes souveraines. Or il s’agit d’une question d’actualité, notamment en France. Cela doit nous rappeler que la garantie offerte à l’épargnant par l’assureur repose elle-même sur des actifs financiers qui comportent des risques. Une dégradation importante de la qualité de crédit d’un État, une forte hausse de sa prime de risque ou, dans un scénario extrême, un défaut entraîneraient nécessairement des conséquences sur la valeur des obligations détenues par les assureurs.

Il existe également un autre risque, moins intuitif : celui d’une forte remontée des taux qui s’accompagnerait d’une vague de décollecte (rachats partiels ou totaux effectués par les épargnants). N’oublions pas que les obligations « en stock » chez les assureurs ont été acquises à des dates différentes. Le rendement d’une OAT à 10 ans émise par l’État français le 1er février 2022 s’élevait à 0,827 %. Une même obligation émise le 24 août 2026 offre 4,128 %. Il va de soi que le cours de l’obligation émise le 1er février 2022 va s’ajuster : sa valeur de marché va baisser.

Cela ne constitue pas un problème en soi pour l’assureur : s’il conserve l’obligation jusqu’à son échéance et si l’émetteur rembourse sa dette, il continue à percevoir les intérêts prévus, puis récupère le capital à l’échéance. En revanche, une difficulté apparaît si l’assureur est obligé de se délester de ces anciennes obligations en les vendant afin d’honorer les demandes de remboursement que lui ont adressées les épargnants.

Les fonds en euros sont-ils fragiles ?

En l’état : NON. Les assureurs sont précisément organisés et réglementés pour faire face à ce type de risque :

  • la diversification des actifs ;
  • la détention d’obligations ayant des maturités différentes (le risque est beaucoup plus important pour une obligation à échéance dans 15 ans que pour une obligation à échéance dans 1 an) ;
  • la réserve de liquidité et les fonds propres ;
  • la provision pour participation aux bénéfices (les assureurs peuvent décaler sur plusieurs années le versement des produits financiers réalisés au cours d’une année) ;
  • les règles prudentielles imposées par la réglementation.

De plus, aucune décollecte n’est constatée actuellement. Au contraire, « France Assureurs » fait état d’une collecte record en juin 2026, avec 19,3 milliards d’euros, soit +7 % par rapport à juin 2025, les supports en euros étant eux-mêmes redevenus collecteurs. Cette collecte record est liée aux offres de bonification temporaire accordées par les assureurs, dont l’objectif est d’accroître la collecte durant une période où les taux sont intéressants.

Enfin, le législateur, dans le cadre de la loi Sapin 2, a prévu la mise en place d’un dispositif exceptionnel permettant au Haut Conseil de stabilité financière, dans une situation extrême, de limiter temporairement le paiement des valeurs de rachat des contrats d’assurance-vie : en d’autres termes, de bloquer les retraits des épargnants.

En conclusion

Le fonds en euros conserve des qualités importantes : la garantie contractuelle du capital, la mutualisation des risques, la diversification et la gestion professionnelle des actifs. Mais il est essentiel de comprendre ce qu’il recouvre. Il s’agit d’un portefeuille financier de plusieurs milliards d’euros, largement investi sur les marchés obligataires. Le risque n’est donc pas supprimé : il est transféré de l’épargnant vers l’assureur, qui doit être en mesure de l’absorber.

C’est pourquoi, comme pour tout investissement, nous conseillons à nos clients d’adopter la diversification la plus large possible. Cela nous a conduits à établir un portefeuille type constitué d’une vingtaine de supports différents, la pondération de chacun étant fonction de notre analyse de la conjoncture macro-économique et financière ainsi que du profil de risque du client. L’objectif est d’être exposé aux différentes classes d’actifs : la stratégie la plus efficace afin de réduire le risque d’une allocation.

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